PROLOGUE
« Chaque chose à sa place, et une place pour chaque chose »
Il en est certains qui régissent leur vie d'après cette doctrine, il en est d'autres qu'elle terrifie. Peut-être est-elle sans danger tant qu'il s'agit de simples objets, mais elle est trop souvent appliquée à l'être humain. Les communautés, les hiérarchies, les noyaux familiaux. Ceux qui obéissent méticuleusement à un mode de vie routinier et solennel venu du plus profond des coutumes et des valeurs revendiquant la continuité conventionnelle, y bâtissant un cocon rassurant sur des bases dites solides.
La famille de Cyprien en fait partie. Vieille dynastie aristocratique ayant des branches communes avec la dynastie Bourbon, celle-ci vit sur ses acquis historiques, arborant fièrement son appartenance à la classe «dominante» Française. Catholiques pratiquants, ses parents sont à l’égal de nombreux autres aristocrates pseudo-modernes, le père travaille à la tête d’une petite entreprise locale cotée en bourse, la mère est femme au foyer, et les trois fils sont aux études. Gatien, 20 ans, poursuit de brillantes études de Droit. Charles, 19 ans, est en prépa hypokhâgne* et Cyprien, 17 ans, est lycéen en première scientifique dans un établissement d’enseignement privé Catholique. Attachés aux valeurs traditionnelles de la Famille au sens «Boutin»* du terme, ils mènent une existence «banale» pour des gens de leur culture, habitant un petit manoir de campagne décoré de vieilleries ancestrales et de tableaux aux gorges pointillées*, allant à la messe tous les dimanches. Cyprien est un jeune homme blond à la stature fière. Le corps finement musclé et gracieux, le jeune aristocrate possède une classe hors du commun et en joue pas mal à tous les niveaux, surtout en cours où son regard profond d’un bleu transparent déroute de nombreuses personnes, associé à son air hautain et sûr de lui.
Cependant, le train-train paisible de la famille vole en éclat le jour où tombe la nouvelle de la traîtrise: le trésorier de l’entreprise familiale a mis les
voiles, emportant avec lui la caisse et les actions en bourse. Ils sont désormais ruinés, leur manoir et ses meubles sans âge dépossédés pour éponger les dettes creusées par l’évènement. La
famille doit donc laisser tomber sa petite vie tranquille et bourgeoise à la campagne pour se reloger dans un HLM en banlieue de Lille, là commencent les épreuves d'un changement radical, un
virage à cent quatre-vingt degrés sur tous les plans…
*hypokhâgne: En argot scolaire, khâgne est le surnom donné à ces classes préparatoires bien que le
terme désigne plus précisément la deuxième année, appelée officiellement Première supérieure, la première année étant appelée hypokhâgne ou, officiellement, Lettres supérieures.
*Christine Boutin: Suivre ce lien attention
ça fait froid dans le dos. (Je précise avoir commencé la fiction avant que cette personne soit nommée Ministre du Logement.)
*les très vieux portraits de famille sur toile, dans l'aristocratie Française, ont très souvent des membres dont le cou a été marqué de pointillés, indiquant que ceux-ci avaient été
guillotinés pendant la Révolution Française.
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