PROLOGUE
Je viens vous conter une histoire, pas une tragédie ni un conte de fées. Je viens vous parler des paradoxes de l’âme et du corps, de ce qui a fait la vie du petit garçon que j’étais, et de la femme que je suis devenue. Les spécialistes appellent ça une crise d’identité sexuelle, moi j’appelle ça « le jasmin sous la lavande », car il faut soulever le parfum fort et entêtant de la lavande pour se délecter de la douce et délicate fragrance du jasmin.
J’avais quatre ans quand je suis née, quand je me suis éveillée à la vie. J’ai une sœur nommée Ozane, nous sommes nés jumeaux, ou devrais-je dire que nous sommes nées jumelles. Mon prénom est Sohan, il est vrai que j’ai eu beaucoup de chance avec ce prénom car il est si particulier que je n’ai pas eu à en changer.
Je me rappelle… Je me rappelle le déclic, nous étions invités à un mariage, un évènement pompeux au possible, mais très chic. Nos parents
nous avaient mis sur notre trente-et-un pour l’évènement, j’étais attifé dans un immonde costard miniature gris, tandis que ma pauvre sœur se débattait dans une magnifique robe rose à
volants, une magnifique robe de princesse… Je l’enviais tellement, j’en étais malade tellement je voulais me vêtir de cette robe, je voulais être la princesse! Ozane, quant à elle, détestait
cette robe. Elle avait toujours été une petite fille simple, très naturelle et calme. Malgré ça, nous avions tous deux supporté la journée en question comme nous le pouvions, et le soir venu,
une fois tous rentrés à la maison, je me souviens m’être débarrassé de cet affreux smoking pour enfant avec un grand soulagement. Ma sœur et moi partagions la même chambre et, épuisés par la
fête, nous avions laissé traîner nos vêtements au milieu de la carrée avant de nous coucher. Mais la douce lueur de la lune faisait se refléter sous mes yeux le satin rose meringue de la robe
de petite fille… Je m’étais levé dans le plus grand silence pour ne pas réveiller Ozane qui s’était écroulée de fatigue et respirait bruyamment. Je m’étais agenouillé et j’avais caressé le
satin, je me souviens encore de cette sensation… Je n’avais su résister plus longtemps et j’avais enfilé cette jolie robe pour habiller mon corps dénudé.
Le choc provint à ce moment: le reflet dans le miroir mural de mon visage aux cheveux courts, enfin habillé du vêtement qui avait été fait pour lui, cette robe de petite fille…
J’étais devenu la princesse, et je serais plus tard la femme, la grâce et la beauté…



Commentaires Récents